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Le rock and roll a été l'émanation directe du rhythm and blues. Joe Turner eut le privilège d'être le seul hurleur de blues à réussir sa conversion au rock and roll, quand il aida à fonder le genre avec ses succès : Honey Hush, Shake Rattle and Roll. Mais comme Wynonie Harris, Roy Brown, Big Joe n'avait pas le look qu'il fallait pour séduire le nouveau marché des adolescents ; il revint aux "beaux gosses" Johnny Ace, Sam Cooke, Elvis Presley, Bill Haley de conquérir celui-ci. Lorsqu'on demanda à Turner de retirer Shake Rattle and Rock de son programme lors d'une tournée, de façon à permettre à Bill Haley d'en donner une version tiédasse, la messe était dite. L'histoire officielle voulait que Bill Haley et Elvis Presley fussent les parrains de la naissance du rock and roll, En fait, ce fut une razzia commerciale blanche sur un style noir préexistant. Bill Haley et ses comets ont peut-être préfiguré le rock and roll, mais en vérité, ils n'avaient rien de plus à offrir que des décalques de Louis Jordan.

Tandis que le rhythm and blues se transformait, le saxophone ténor devenait l'instrument dominant. Une guitare à bout de bras n'était le plus souvent qu'un accessoire de mode, alors qu'un saxophone ténor était une arme ultrarapide à ne sortir que si on avait vraiment l'intention de s'en servir. Fats Domino fut le premier grand artiste à aligner une forte équipe de sax.

Depuis qu'Illinois Jacquet s'était frayé un chemin à travers le hit de Lionel Hampton "Flying Home", bien des ténors ont fait de l'exercice un sport immensément populaire. Le brassage était complet et les durs du ténor, trempés de sueur, flottant dans des vestes trop grandes devinrent les poids lourds de la scène musicale. Parmi la cohorte de noms, il faut citer : Bullmoose Jackson, Sam Taylor, Maxwell Davis, Willis Jackson. Presque tous ces ténors, taxés de "modernes extravertis" par le critique de jazz Leonard Feather étaient des grands noms du jazz orthodoxe : Al Sears, Hal Singer, Arnett Cobb. D'autres allaient devenir les maîtres du jazz be-bop : Gene Ammons, Johnny Griffin, Eddie Davis, Benny Golson, et même John Coltrane, après avoir fait leurs armes dans des formations comme celle d'Earl Bostic.

Originaire de La Nouvelle Orléans, Fats Domino avec son compère Dave Bartholomew, rendit populaire cette musique. Son fond de commerce consistait en compositions de danse à secouer les juke-box, Plus percutantes que tout ce qu'on avait entendu jusque-là, elles étaient irrésistibles par leur pulsation dansante.
 
 
 
 
Le rhythm and blues

Né de la fusion du gospel, du blues et du jazz, le Rhythm and Blues conduisit
directement au rock and roll et, par delà, eut un impact sur toute la musique populaire.

A partir des années 1930, des éléments du premier boogie-woogie, puis du jump
jive, mais surtout des diverses variétés de blues filtrèrent dans la musique populaire. Puis, lorsque des rangs des orchestres de blues surgirent les stars du ténor rocailleux, poussés par des hurleurs tels Big Joe Turner, Wynonie Harris, Roy Brown et Bullmoose Jackson, livrant tous les ingrédients d'un nouveau style de musique détonant, rien ne pouvait plus l'arrêter.