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Le jazz ….quand où comment

La réalité économique fonde la logique de l'évolution de la musique afro-américaine. Pendant le dernier quart du 19ème siècle et le premier tiers du 20ème, quatre grandes villes d'inégale importance et pour des raisons différentes d'ailleurs dominent l'histoire de la musique noire américaine : La Nouvelle Orléans, Chicago, New York et Kansas City.

Le Jazz à La Nouvelle Orléans

La tradition veut que La Nouvelle Orléans ait été la cité de naissance de la musique de jazz. Si tel ne semble pas être tout à fait le cas, il n'en demeure pas moins qu'elle fut la première à la faire connaître et à la diffuser.

En 1900, La Nouvelle Orléans, capitale régionale, comprend une forte communauté noire. Cité latine dans un univers anglo-saxon, cet endroit est empreint de catholicité dans un environnement protestant. Cet îlot de permissivité européenne, au milieu de l'océan puritain américain, brille de mille feux.

La Nouvelle Orléans a gardé de sa culture hispano-française ancienne le sens de la fête et de la vie du dehors. Ce monde festif tranche dans l'austère Amérique. Abcès de fixation, sorte de mal nécessaire en milieu aseptisé, la ville attire un nombreux public, venu de toute la région et même de tout le pays, pour goûter aux joies d'un art de vie ailleurs inconnu.

Du reste, un de ses maires, M. Story, à la fin du 19ème siècle n'hésita pas à réserver un quartier entier, depuis lors connu sous le nom de Storyville, aux lieux de plaisirs pour "préserver le reste de la cité de la gangrène menaçante". Ces activités parallèles, un peu particulières, génèrent une foule de métiers : du blanchisseur au musicien en passant par le cuisinier, tous vivent de cette activité.
Le milieu socio-culturel est propice à l'éclosion d'une forme originale.

En 1830, une société philharmonique noire est même créée qui favorise l'éclosion de talents comme le concertiste Lucien Lambert ou Edmond Dédé qui vient travailler à Bordeaux. Endroit d'échanges entre noirs et créoles, la ville offre autant de conditions favorables à la naissance d'un fait culturel nouveau, en l'occurrence la musique de jazz dite de style Nouvelle-Orléans.

Les trois autres villes furent aussi d'importants foyers de culture noire. Dès avant
l'abolition de l'esclavage, elles étaient déjà des havres pour les esclaves en fuite
qui empruntaient le "chemin de fer" pour gagner la liberté. Rapidement ces
communautés, en marge de la légalité, développèrent des activités propres,
économiques et culturelles.

Le jazz naît de ce magma sonore, de cette infra-musique, mélange d'une multitude de cultures faites d'histoires personnelles et collectives véhiculées par des hommes évadés. Cette réalité se traduit par la nature collective et citadine du jazz. Né de l'anonyme, elle explique que les grandes cités aient une si grande importance dans son histoire. Le jazz est la ville avec son cortége de contradictions, la solitude au milieu de la foule et l'ombre parmi les lumières.